À LA UNE ~ Le NPD s'oppose à la transaction et réclame plus de transparence

Marie Vastel, Le Devoir, Économie, Page A7

   Le gouvernement fédéral ne se fera pas dicter par les États-Unis sa

décision quant au rachat de la pétrolière Nexen par la société chinoise CNOOC, a

prévenu Stephen Harper jeudi alors qu'un de ses ministres suggérait que le

verdict final d'Ottawa pourrait se faire attendre encore quelque temps. En

attendant, le NPD s'est officiellement opposé à la transaction.

   Le gouvernement conservateur étudie depuis la fin août la demande d'achat

de Nexen par la société China National Offshore Oil Company (CNOOC), une

transaction de 15 milliards. La décision est attendue à la mi-octobre, mais le

fédéral peut demander de reporter la date butoir.

   Au sud de la frontière, un membre démocrate du Congrès américain avait

réclamé cet été que le gouvernement des États-Unis s'oppose à la transaction.

Nexen compte une part de ses opérations en sol américain. Washington pourrait

donc techniquement bloquer la transaction pour des raisons de sécurité

nationale.

   " Je ne crois pas que ce soit une surprise que je vous dise que le

gouvernement du Canada prendra sa propre décision, indépendamment de ce que

feront les États-Unis ", a tranché le premier ministre en point de presse. S'il

a refusé d'offrir quelque indice que ce soit quant à la décision que prendra son

gouvernement, M.Harper a néanmoins reconnu que l'étude de cette transaction

soulevait " beaucoup de questions de politique gouvernementale difficiles.

Ces choses seront prises en considération en vertu de la loi, en évaluant le

bénéfice net de cette transaction pour le pays avant de prendre une décision. Et

nous continuons de récolter de l'information et des opinions ".

   Il faudra peut-être patienter. A sa sortie des Communes, le ministre de

l'Industrie Christian Paradis a laissé entendre qu'Ottawa pourrait prolonger son

étude. " On ne se fixe pas de délais On va prendre tout le temps requis

pour être certain qu'on va scruter cette transaction avec soin. "

   A l'instar du premier ministre, M.Paradis a dénoncé la sortie publique du

NPD quelques heures plutôt contre la transaction. Des actions " insouciantes et

irresponsables " avec lesquelles les néodémocrates ont " créé un climat

d'incertitude qui nuit à l'investissement dont nos compagnies canadiennes ont

besoin ". " Le NPD est un parti idéologique socialiste qui s'oppose à n'importe

quel investissement ", a renchéri Stephen Harper.

   En matinée, les néodémocrates ont confirmé qu'ils s'opposaient au rachat

de la pétrolière albertaine par CNOOC. Le parti estime qu'il est plus que temps

qu'Ottawa précise la Loi sur Investissement Canada afin d'assurer plus de

transparence, en tenant des audiences publiques pendant l'étude de tels dossiers

de même qu'en précisant les critères sur lesquels il se base.

   La loi canadienne permet le rachat d'entreprises par des sociétés

étrangères si elles présentent un " avantage net " pour le Canada. Cette notion

n'est pas précisée. Le NPD estime qu'Ottawa aurait dû corriger la situation

depuis longtemps puisque l'opposition la dénonce depuis que les conservateurs

ont refusé la vente de Potash Corp. à l'australienne BHP Biliton en 2010.

   Qui plus est, même si certaines conditions sont imposées par le Canada

lors de telles transactions, Ottawa ne s'assure pas ensuite qu'elles soient

respectées. " Alors une fois que l'approbation est donnée, c'est un chèque en

blanc à la compagnie ", a commenté le néodémocrate Peter Julian. Le NPD

s'inquiète du bilan environnemental de CNOOC, de même que de la garantie que les

emplois restent entre les mains de Canadiens.

   Et ce qui pose d'autant plus problème au NPD dans ce cas-ci, c'est que

l'entreprise acquéreuse se définit comme un " bras stratégique " du gouvernement

chinois. " Cela soulève toute une gamme de questions et, puisque nous avons un

processus si opaque qui se déroule derrière des portes closes, les Canadiens

n'obtiennent pas les réponses ", a déploré M.Julian.