A LA CHAMBRE~ Discours sur les enjeux entourant la question de l'oléoduc de Kinder Morgan

lang_blog_post_outdated

M. Peter Julian (New Westminster—Burnaby, NPD) Madame la Présidente, j'aimerais souligner le fait que mon collègue de Burnaby-Sud a fait un travail remarquable pour écouter ses concitoyens et pour comprendre les enjeux entourant la question de l'oléoduc de Kinder Morgan.

    Pour comprendre la motion à l'étude aujourd'hui, il faut remonter au 20 août 2015. Je me réjouis de la présentation de cette motion. Nous allons nous y opposer pour les raisons que mon collègue le député de Burnaby-Sud a énoncées.

    Le 20 août 2015, le premier ministre s'est rendu en Colombie-Britannique et, devant une foule réunie à Esquimalt, il a dit très clairement que le projet de Kinder Morgan ne serait pas approuvé à moins qu'on reprenne à zéro tout le processus. Il a pris cet engagement solennel devant les Britanno-Colombiens le 20 août 2015, soit quelques semaines avant les élections. Le problème avec lequel nous sommes aux prises aujourd'hui remonte donc à cette date.

    On se rappellera que M. Harper a vidé de toute leur substance la réglementation environnementale et le processus utilisé par l'Office national de l'énergie. Or, les libéraux et le premier ministre ont adopté ce processus discrédité, un processus qui écarte les Canadiens, qui écarte les résidants de la Colombie-Britannique. En d'autres mots, le premier ministre avait promis de remanier tout le processus et de mettre en place un mécanisme prévoyant une consultation légitime des Britanno-Colombiens. Toutefois, il a fait exactement le contraire. C'est tout à fait honteux.

    Comme mon collègue de Burnaby-Sud vient de le mentionner, les libéraux ont aggravé la situation en menaçant la Colombie-Britannique de faire intervenir l'armée. Les libéraux avaient promis de modifier un processus d'évaluation environnementale non légitime. Ils n'ont pas tenu leur promesse. Ils ont plutôt approuvé l'expansion du pipeline, ce que le premier ministre avait clairement dit qu'il ne ferait pas. Par-dessus le marché, le gouvernement a menacé les Britanno-Colombiens. C'est le non-respect de cette promesse solennelle — faite quelques semaines à peine avant les élections — qui a incité un grand nombre de Britanno-Colombiens à s'insurger contre l'expansion du pipeline de Kinder Morgan. Plusieurs Premières Nations s'y sont également opposées. La Ville de Burnaby, que mon collègue de Burnaby-Sud et moi représentons, a elle aussi exprimé haut et fort son opposition au projet, à l'instar des municipalités de la région côtière.

    Pourquoi cette opposition? Cette réaction n'est pas uniquement attribuable au fait que le processus est illégitime, que le gouvernement conservateur de M. Harper a littéralement vidé le processus d'évaluation de toute substance et l'a rendu illégitime aux yeux de tous et que les libéraux ont promis d'y remédier mais sont en train de faire exactement l'inverse. Elle s'explique également à cause de l'incidence catastrophique éventuelle sur la région côtière.

    J'ai grandi à New Westminster et je suis fier de vivre dans la vallée du bas Fraser. Ma famille y vit depuis quatre générations. À son arrivée de la Norvège, mon grand-père est venu s'établir sur la côte et il s'est adonné à la pêche pendant de nombreuses années.

    Les secteurs de la pêche et du tourisme jouent un rôle énorme dans l'économie de la Colombie-Britannique. Dans leur démarche illégitime, les libéraux ne se sont jamais attardés à ce rôle ni aux pertes de plusieurs milliards de dollars qu'un seul déversement pourrait entraîner dans ces secteurs. C'est d'ailleurs pourquoi tant de collectivités se sont opposées à ce projet, et pourquoi tant de collectivités estiment que, en fin de compte, en l'absence d'un processus légitime, on élimine toute crédibilité.

    Mon collègue de Burnaby-Sud a parlé des répercussions sur le fleuve Fraser. J'aimerais souligner que le secteur de la rivière Brunette, où je promène mes chiens tous les matins, en est un sur lequel le nouveau tracé qu'on nous impose pourrait avoir d'importantes conséquences. Il n'y a pas eu de consultations. La Ville de New Westminster n'a pas pu exposer ses préoccupations. Nous avons là un habitat qui a été remis en état grâce au travail accompli par des membres du Club de chasse et pêche de Sapperton et d'autres organismes communautaires pendant des décennies. Ils ont fait tout ce travail et, à présent, Kinder Morgan, avec l'approbation du gouvernement libéral, vient mettre la rivière Brunette en péril aussi. Ce sont là de graves risques qui n'ont pas été étudiés dans le cadre d'un processus légitime.

    Comme je suis l'un des rares députés qui ont littéralement trempé dans le pétrole, ayant travaillé pour la raffinerie Shellburn et au parc à réservoirs de Burnaby, je peux témoigner de la gravité des répercussions environnementales. Je sais à quel point il est difficile de nettoyer un déversement, aussi petit soit-il. Je peux affirmer avec certitude que les libéraux, par leur conduite irresponsable dans tout le processus, se sont mis à dos beaucoup de Britanno-Colombiens, non seulement en trahissant leur promesse envers eux, mais aussi en refusant de tenir des consultations publiques.

    Mon collègue a parlé du rapport de la Société royale, un rapport que tous les députés libéraux devraient lire — et pas seulement ceux de la Colombie-Britannique — parce qu'il insiste sur le fait que nous ignorons les répercussions d'un déversement de bitume sur la mer des Salish ou sur la côte de la Colombie-Britannique. Nous n'en avons aucune idée. C'est pour cette raison que la Société royale a réclamé à maintes reprises que des travaux de recherche soient menés en priorité et de toute urgence. Le pipeline que le premier ministre veut imposer pourrait avoir de profondes répercussions sur la côte et les travaux scientifiques montrent que le gouvernement libéral et le premier ministre n'ont tout simplement pas fait leurs devoirs.

    J'étais député lorsque le gouvernement Harper a vidé de leur substance les règles en matière d'environnement. Durant le débat sur le budget, j'ai parlé 14 heures tellement il y avait à dire sur ses répercussions pour le pays, notamment en ce qui concernait l'habitat du poisson et les lois environnementales.

    Comme pour la plupart des gens de la Colombie-Britannique, il ne me serait jamais venu à l'esprit que les libéraux, qui avaient pourtant promis de répondre aux préoccupations des Canadiens par rapport à l'affaiblissement des règlements environnementaux, refuseraient de faire une telle chose.

    Ce n'est pas mince affaire, car un seul déversement pourrait avoir des répercussions qui durent toute une génération. David Schindler, qui est le plus grand spécialiste de l'eau et de la politique sur l'eau au Canada, a récemment écrit au sujet des répercussions de l'Exxon Valdez. Une génération après l'incident, les répercussions se font encore sentir. Les poissons ne sont pas revenus en Alaska. La côte est toujours polluée par ce déversement. David Schindler est un scientifique de grande renommée; pourtant, les libéraux, tout comme ils ont écarté les données scientifiques de la Société royale, ont écarté les données scientifiques de David Schindler. Nous savons que la catastrophe de l'Exxon Valdez a eu de profondes répercussions qui subsistent. Le déversement dans la rivière Kalamazoo a encore des répercussions profondes sur l'habitat, et ce, même après avoir dépensé 1 milliard de dollars pour réparer les dommages.

    Le premier ministre est venu à Nanaimo il y a quelques semaines. Il a déclaré qu'il n'y aurait pas de protection côtière à moins que les Britanno-Colombiens fassent fi de cette information et acceptent sans tarder que le pipeline soit construit, comme le veulent les libéraux. C'est inacceptable. C'est pour cette raison que la réaction est si vive en Colombie-Britannique. Le processus est illégitime. Les libéraux ont manqué à leurs promesses, et c'est sans compter la menace, si le pipeline n'est pas accepté, qu'il n'y ait pas de protection côtière ni de politiques environnementales pour lutter contre les changements climatiques.

    C'est immature de la part du gouvernement de parler ainsi. C'est un discours infantile indigne d'un gouvernement national. Nous avons besoin d'un gouvernement national qui fera preuve de leadership dans la lutte contre les changements climatiques et qui mettra en place des politiques et des processus prévoyant une consultation des Britanno-Colombiens et des Canadiens. C'est une chose que Jagmeet Singh apportera à Ottawa lorsqu'il sera élu en 2019.